Une de nos blessures d’enfance, la trahison
Nous portons tous, à des degrés divers, des blessures émotionnelles nées dans l’enfance. Lise Bourbeau, dans Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même, les identifie clairement : le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice. Parmi elles, la blessure de trahison touche profondément le besoin de confiance et de loyauté. Comprendre la blessure de trahison permet de sortir du contrôle et de retrouver des relations plus saines.
Jacques Martel, dans Le Grand Dictionnaire des malaises et des maladies, nous rappelle que le corps parle. Les malaises et maladies sont souvent des messages liés à des pensées, sentiments et émotions non résolus. La trahison y apparaît fréquemment comme un conflit de rupture de confiance, de promesse non tenue ou de peur d’être trompé.
La Communication Non Violente (CNV), développée par Marshall Rosenberg, offre un regard particulièrement éclairant sur cette blessure. Elle nous invite à dépasser le jugement (« on m’a trahi ») pour aller vers l’observation, les sentiments, les besoins et la demande. Derrière la douleur de la trahison se cache presque toujours un besoin vital de confiance, de loyauté, de sécurité et d’authenticité.

Quand et comment s’éveille la blessure de trahison ?
Selon Lise Bourbeau, cette blessure s’éveille généralement entre 2 et 4 ans, le plus souvent en lien avec le parent du sexe opposé. L’enfant a ressenti que ce parent n’a pas tenu ses engagements ou ses promesses selon les attentes qu’il avait d’un parent idéal. Ce n’est pas forcément une trahison volontaire : un parent qui se sépare, qui privilégie un autre enfant, qui ne tient pas une promesse importante, ou qui change brutalement d’attitude peut suffire.
L’enfant se sent déçu, trahi dans sa confiance. Il conclut souvent inconsciemment : « On ne peut pas faire confiance », « Je dois tout contrôler pour ne plus être blessé ».

Le masque du contrôlant
Pour se protéger de la douleur de la trahison, l’enfant met en place un masque : celui du contrôlant.
Le contrôlant cherche à tout maîtriser pour ne plus jamais être trahi. Il se montre fort, responsable, performant. Il aime planifier, anticiper, vérifier. Il a beaucoup d’attentes envers les autres et devient exigeant. Il peut manipuler, séduire ou imposer son point de vue pour garder le contrôle. Il a du mal à déléguer et à faire confiance. Il cache sa vulnérabilité et montre une façade de force et de certitude.
Sa plus grande peur est la dissociation, le reniement, le fait d’être abandonné après avoir fait confiance.
Le corps raconte l’histoire
Lise Bourbeau décrit des traits physiques fréquents chez les personnes portant fortement cette blessure :
- Chez l’homme : épaules plus larges que les hanches, force visible dans le haut du corps
- Chez la femme : hanches plus larges et fortes que les épaules, force dans le bassin
- Muscles dominants, corps qui affiche la force et le pouvoir
- Voix souvent forte et assurée
- Attitude qui dégage de l’autorité ou de la détermination
Le corps semble dire : « Je suis fort, je contrôle, je ne suis pas vulnérable ».
Malaises et maladies associés
Lise Bourbeau relie notamment à cette blessure des problèmes liés au contrôle et à la tension : maux de tête, tensions musculaires, problèmes de thyroïde, troubles digestifs liés au stress, difficultés respiratoires, ou encore des pathologies qui apparaissent quand la personne perd le contrôle d’une situation.
Jacques Martel, dans son Grand Dictionnaire, éclaire les conflits sous-jacents. La trahison et le manque de confiance apparaissent dans de nombreuses entrées : la thyroïde (expression et contrôle), les muscles (tension pour rester fort), le système nerveux (hypervigilance), ou encore les troubles liés à la peur d’être trompé ou abandonné après avoir fait confiance.
Martel insiste : le corps transforme le stress émotionnel non résolu en symptôme pour attirer notre attention et nous inviter à la conscience. Guérir passe par la reconnaissance du conflit, l’acceptation et le changement de regard.

Comment la blessure de trahison se vit à l’âge adulte
Dans les relations, le contrôlant a du mal à lâcher prise. Il vérifie, anticipe, peut devenir jaloux ou soupçonneux. Il a horreur des promesses non tenues. Il peut imposer son rythme et ses idées. Il se confie difficilement et montre rarement sa vulnérabilité.
Professionnellement, il est souvent performant, leader, organisateur. Il aime être reconnu pour sa force et sa fiabilité. Mais il s’épuise à tout contrôler et a du mal à déléguer vraiment.

Vers la guérison de la blessure de trahison
La bonne nouvelle, c’est que cette blessure peut se transformer. Lise Bourbeau et Jacques Martel convergent sur plusieurs étapes essentielles :
- Reconnaître et accepter la blessure sans se juger.
- Accueillir les émotions (colère, peur, déception) qui remontent.
- Apprendre à faire confiance progressivement, d’abord à soi-même.
- Lâcher le besoin de tout contrôler et accepter l’imprévu.
- Oser montrer sa vulnérabilité et demander de l’aide. Apprendre aussi à savoir dire non fait partie du chemin.
- Modifier les croyances : « Je peux faire confiance », « Je n’ai pas besoin de tout contrôler pour être en sécurité », « Je mérite d’être aimé même quand je ne suis pas parfait ».
La Communication Non Violente ajoute une dimension précieuse : relier le symptôme ou le comportement de contrôle à un besoin non satisfait et formuler une demande claire (à soi-même ou à l’autre) plutôt que de rester dans le ressentiment, la méfiance ou l’exigence.
Petit à petit, la peur de la trahison diminue. On découvre qu’on peut relâcher le contrôle, faire confiance, et vivre des relations plus authentiques basées sur la loyauté réelle plutôt que sur la surveillance.
En résumé, la blessure de trahison, comme les autres, n’est pas une fatalité. Elle est une invitation à devenir plus conscient, plus libre et plus soi-même. En écoutant notre corps et en prenant soin de l’enfant intérieur qui a été déçu dans sa confiance, nous transformons la douleur en force et en ouverture. Pour approfondir d’autres aspects émotionnels, vous pouvez aussi lire l’article sur la dépression.
Références principales
Lise Bourbeau, Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même (Éditions E.T.C. / Pocket)
Jacques Martel (avec Lucie Bernier), Le Grand Dictionnaire des malaises et des maladies (Éditions ATMA)
Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) – ouvrage de référence sur la Communication Non Violente
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