Une de nos blessures d’enfance, l’abandon

Nous portons tous, à des degrés divers, des blessures émotionnelles nées dans l’enfance. Lise Bourbeau, dans Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même, les identifie clairement : le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice. Parmi elles, la blessure d’abandon touche profondément le besoin fondamental de connexion, de soutien et de présence. Comprendre la blessure d’abandon aide à sortir de la peur de la solitude et à se soutenir soi-même.
Jacques Martel, dans Le Grand Dictionnaire des malaises et des maladies, nous rappelle que le corps parle. Les malaises et maladies sont souvent des messages liés à des pensées, sentiments et besoins non satisfaits. L’abandon y apparaît fréquemment comme un conflit de manque de soutien, de solitude intérieure ou de peur d’être laissé de côté.
La Communication Non Violente (CNV), développée par Marshall Rosenberg, offre un regard particulièrement éclairant sur cette blessure. Elle nous invite à dépasser le jugement (« on m’a abandonné ») pour aller vers l’observation, les sentiments, les besoins et la demande. Derrière la douleur de l’abandon se cache presque toujours un besoin vital de connexion, de sécurité affective et d’appartenance.
Quand et comment s’éveille la blessure d’abandon ?
Selon Lise Bourbeau, cette blessure s’éveille généralement entre la naissance et l’âge de trois ans, le plus souvent en lien avec le parent du sexe opposé. L’enfant n’a pas forcément vécu un abandon réel (séparation, hospitalisation, décès…). Il a simplement ressenti un manque de présence affective, de chaleur, de soutien. Un parent physiquement présent mais émotionnellement absent, un nouveau-né qui monopolise l’attention, des parents très occupés… suffisent à créer le sentiment de n’avoir pas été « nourri » affectivement.
En langage CNV, on dirait que le besoin de connexion, de soutien et de présence de l’enfant n’a pas été satisfait de façon suffisante. Ce n’est pas une faute des parents : c’est une observation de ce qui s’est passé. L’enfant, lui, a ressenti de la tristesse, de la peur ou de la solitude, et a conclu (souvent inconsciemment) : « Je ne suis pas digne d’être soutenu » ou « Je dois m’accrocher pour ne pas être laissé seul ».
Cette blessure se réactive ensuite, à l’âge adulte, principalement avec les personnes du sexe opposé.

Le masque du dépendant vu par la CNV
Pour se protéger de la douleur de l’abandon, l’enfant met en place un masque : celui du dépendant.
Le dépendant a une peur profonde de la solitude. Il recherche constamment la présence, l’attention, le support et surtout le soutien des autres. Il peut devenir victime pour attirer l’aide, dramatiser, demander des conseils (sans forcément les suivre), s’accrocher physiquement ou émotionnellement. Il fusionne facilement, a du mal à décider seul, et oscille souvent entre joie et tristesse.
En Communication Non Violente, on regarde ce masque avec empathie plutôt qu’avec jugement. Le comportement « collant » ou « demandeur » n’est pas une manipulation. C’est une stratégie (parfois maladroite) pour satisfaire des besoins légitimes : le besoin de connexion, de sécurité, d’être vu, d’être important pour quelqu’un. Quand on traduit le langage du masque en langage des besoins, la relation change.
Exemple de traduction CNV :
Au lieu de se dire « Je suis trop dépendant, c’est pathétique », on peut se dire :
« Quand je ressens de la peur à l’idée d’être seul, c’est parce que mon besoin de connexion et de soutien n’est pas nourri. Qu’est-ce que je peux faire pour prendre soin de ce besoin, d’abord moi-même ? »
Le corps raconte l’histoire
Lise Bourbeau décrit des traits physiques fréquents chez les personnes portant fortement cette blessure :
- Corps long, mince, manquant de tonus
- Système musculaire sous-développé
- Épaules tombantes, dos courbé
- Bras qui semblent trop longs et pendent
- Parties du corps flasques ou situées plus bas que la norme
- Grands yeux tristes, regard qui « tire »
- Tendance à s’appuyer sur quelque chose ou quelqu’un
Le corps paraît avoir besoin d’être soutenu, comme si la personne ne pouvait pas « tenir seule ». En CNV, on peut écouter ce message corporel avec bienveillance : « Mon corps me parle de mon besoin de soutien. Comment puis-je y répondre autrement qu’en m’accrochant aux autres ? »
Malaises et maladies associés
Lise Bourbeau relie notamment à cette blessure : problèmes de dos, asthme, bronchites, migraines, hypoglycémie, diabète, agoraphobie, myopie, hystérie, dépression, maladies rares qui attirent l’attention, ou encore des pathologies qui demandent beaucoup de soins.
Jacques Martel, dans son Grand Dictionnaire, éclaire les conflits sous-jacents. L’abandon et le manque de soutien apparaissent dans de nombreuses entrées : le dos (soutien de la vie, fardeau émotionnel), les poumons et l’asthme (sentiment de manquer d’air), le système digestif et le sucre (besoin de « douceur » affective compensée), la solitude intérieure qui se manifeste par des malaises divers.
Martel insiste : le corps transforme le stress émotionnel non résolu en symptôme pour attirer notre attention et nous inviter à la conscience. Guérir passe par la reconnaissance du conflit, l’acceptation et le changement de regard. La CNV ajoute une dimension précieuse : relier le symptôme à un besoin non satisfait et formuler une demande claire (à soi-même ou à l’autre) plutôt que de rester dans le ressentiment ou la plainte.

Comment la blessure d’abandon se vit à l’âge adulte
Dans les relations, le dépendant craint les séparations, les non, les silences. Il peut s’accrocher, manipuler inconsciemment par la maladie ou le drame, ou au contraire fuir avant d’être abandonné. Il a du mal à être seul, même pour de courtes périodes. Dans le couple, il a souvent un besoin important de se sentir désiré et soutenu.
Professionnellement et socialement, il peut paraître chaleureux et serviable, mais attend un retour d’attention. La solitude le terrifie, et le sentiment d’être « laissé de côté » le blesse profondément.
La CNV propose de transformer ces moments de peur en occasions d’auto-empathie. Au lieu de reprocher à l’autre « Tu m’abandonnes », on peut s’écouter : « Quand je vois que tu es distant, je ressens de la peur et de la tristesse, parce que j’ai besoin de connexion et de me sentir important pour toi. Est-ce que tu serais d’accord pour qu’on prenne un moment pour se parler ? » Cette formulation change complètement la qualité de la relation.
Vers la guérison de la blessure d’abandon
La bonne nouvelle, c’est que cette blessure peut se transformer. Lise Bourbeau, Jacques Martel et la Communication Non Violente convergent sur plusieurs étapes essentielles :
- Reconnaître et accepter la blessure sans se juger (observation plutôt que jugement).
- Accueillir les émotions (tristesse, peur, colère) qui remontent — elles sont des messagers de besoins.
- Identifier les besoins sous-jacents : connexion, soutien, sécurité, appartenance, être vu.
- Apprendre à se soutenir soi-même : développer l’auto-empathie et l’autonomie affective.
- Formuler des demandes claires (à soi et aux autres) plutôt que des exigences ou des reproches.
- Modifier les croyances : « Je suis capable de me tenir debout », « La solitude n’est pas un abandon », « Je mérite d’être aimé tel que je suis ».
Petit à petit, la peur de la solitude diminue. On découvre qu’on peut s’accompagner, se nourrir affectivement, et vivre des relations plus saines, basées sur le partage des besoins plutôt que sur le besoin de combler un manque.

En résumé, la blessure d’abandon, comme les autres, n’est pas une fatalité. Elle est une invitation à devenir plus conscient, plus libre et plus soi-même. En écoutant notre corps, en prenant soin de l’enfant intérieur qui a manqué de soutien, et en utilisant le langage de la CNV pour relier sentiments et besoins, nous transformons la douleur en force et en connexion authentique.
Références principales
Lise Bourbeau, Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même (Éditions E.T.C. / Pocket)
Jacques Martel (avec Lucie Bernier), Le Grand Dictionnaire des malaises et des maladies (Éditions ATMA)
Marshall B. Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) – ouvrage de référence sur la Communication Non Violente
Si vous souhaitez travailler sur vos émotions, votre alimentation ou d’autres blocages, n’hésitez pas à me contacter. Ensemble, nous pourrons chercher un nouvel équilibre et plus de liberté intérieure. Cet accompagnement ne remplace pas un suivi médical.

